La tyrannie des fesses : entre histoire et géopolitique

La fesse, comme nouvelle arme de séduction massive, est une invention récente. Mais, comme organe, elle ne date pas d’hier. On peut le situer de la plus haute Antiquité. Son histoire remonte du moment où l’homme a pensé à se dresser sur les deux pattes arrière et d’y rester. En fait, l’homme est la seule espèce qui possède des fesses telles que nous les savons. On pourrait se demander, est-ce que nos cousins, les singes, n’en ont pas. Une question qui a fait déjà l’objet de nombreux débats. Mais il y a longtemps que l’on décrivait le chimpanzé comme « le singe aux fesses plates ». Une idée qui reste floue, vu que la fesse est liée à la station debout et la marche bipède. Si c’était le contraire, on pourrait penser que les oiseaux, les kangourous, les mammifères ont des fesses.

En se basant sur le postulat cité précédemment, la pygogénèse remonte d’environ trois à quatre millions d’années. Puisque Yves Coppens (Origine de la bipédie, 1992) explique que le statut debout de l’homme remonte à un nombre d’années pareilles. Malgré tout, les discussions sur la possession de fesses des singes restent pertinentes. Pour s’en débarrasser, nous nous referons à une approche comparative. Desmond Morris (Le singe nu, 1971) nous montre que, quand la femelle du singe a des désirs sexuels, elle utilise ses derrières pour signaler le mâle. Sans conteste, nous pouvons dire que la race humaine est complètement différent sur ce point.

Etant des éléments biologiques ancrés dans le social, les fesses sont objets de diverses représentations. Il y a longtemps, elles ont été oubliées, ignorées. Ou encore plus, elles étaient symboles d’impureté et d’inutilité. Elles étaient dans l’ombre, voilées par les tabous, la religion et autres. Ce n’est qu’au XIIIème siècle, au moment de la révolution industrielle, qu’a vue naître le mouvement de libération corporelle. L’arme de séduction massive naquit. Cette arme est convoitée, dévoilée, amincir. De plus, sa conception est géoponique, comme Jean-Claude Kaufmann l’a montré (La guerre des fesses, 2013).

En Afrique, par exemple, les fesses d’une femme sont des éléments importants et même déterminants pour parler de sa beauté. Ce qui pousse une grande partie des femmes africaine à s’engager dans la terrifiante guerre de la rondeur. En Mauritanie, les fesses sont d’une importance capitale. Depuis des décennies, il existe des maisons d’engraissement pour les jeunes filles destinées au mariage, afin d’avoir des fesses bombées. On pense toujours que « pour être une femme de qualité, il faut être d’abord une femme de quantité ». Tout près de cette conception, en Somalie, il était une fois, si nous pouvons croire Richard Francis Burton (Les premiers pas dans l’Afrique Orientale, 2003), pour choisir une femme, on arrange les candidates sur une même ligne. Puis on cherche un angle de vu favorable. Et celle dont ses fesses rebondissent le plus est sélectionnée.

En Amérique du Sud, la rondeur prime. La chirurgie esthétique, consistant en une augmentation de graisse, progresse de plus en plus. Le Brésil, considéré comme la « terre des fesses de rêve », est marqué par une plus forte tyrannie de la rondeur. Ce parcours de l’Afrique à l’Amérique du Sud représente, en quelque sorte, l’hémisphère Sud. Si pour le Sud la rondeur est prônée, pour l’hémisphère Nord, c’est le contraire. L’Occident est marqué par la quête de l’ultra-minceur. Les médias féminins s’en engagent. Au Portugal, la majorité des fesses sont rondes, mais cela ne cause pas de véritable problème. C’est l’un des pays où l’engagement dans cette guerre est beaucoup plus latent. Cependant les Britanniques sont rondes, elles luttent ardemment contre les kilos. Elles cherchent à être comme les Françaises. Pourtant, malgré la minceur de ces dernières, elles se trouvent trop grosses. Dans cette Grande guerre, les américaines ne restent pas les bras croisés. À la croisée des cultures, les femmes luttent entre leur conception et contre leur propre corps.

Micky-Love Myrtho Mocombe

29 • 08 • 2018

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