Haïti : Pourquoi la fonction de « chef de gang » est tant convoitée ?

Nous assistons depuis près d’une décennie, à une course effrénée vers la direction suprême des gangs dans les quartiers populaires. L’assassinat de nombreux chefs par leurs « soldats », la séparation des territoires, la montée de nouveaux leaders charismatiques en témoignent.

Dans ce billet, en se basant sur la chronique de Thomas Lalime « Des idées pour le développement », je vais vous présenter cinq raisons pour lesquelles le grade de chef de gang est tant convoité dans les quartiers populaires d’Haïti.

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1. Une fonction lucrative

Le chef de gang mène une vie de luxe, malgré les nombreux risques qui s’y planent. Il roule dans des voitures de luxe, parfois immatriculées « Service de l’État » ; il est respecté de toutes et de tous ; ses ordres sont respectés à la lettre : une vie de rêve pour un individu issu d’une famille pauvre, sans éducation, et sans horizon d’attente.

2. Il est respecté

Son pouvoir de déterminer qui peut (doit) vivre ou mourir dans sa zone d’influence et même ailleurs fait du chef de gang un personnage respecté. Ses ordres sont respectés, ses avis, etc. Et faute de la faiblesse de l’État, il arrive même à établir ses propres lois dans sa zone d’influence.

3. Il rançonne, « taxe »

Marchands et marchandes, automobilistes, tous sont obligés de payer une partie de leurs recettes régulièrement aux chefs de gangs, pour maintenir leurs places aux marchés, ou dans les circuits. Également, les entrepreneurs et les institutions sont aussi rançonnés pour acheter leurs sécurités, c’est-à-dire, pour se protéger entre autres des actes de vandalisme, de cambriolage.

4. Il contrôle les projets

Lalime souligne dans la chronique que « le chef de gang s’empare aussi de la gestion des biens et des projets publics de sa zone d’influence ». C’est pourquoi, la question de la séparation du territoire est très importante pour les caïds. D’où les affrontements répétitifs et violents pour le marché de La Saline. Lalime prend aussi l’exemple d’un projet d’électricité à Village-de-Dieu, où les soldats « collectent l’argent des abonnés, prennent leur part et remettent le reste à l’Électricité d’Haïti ».

5. Il contrôle la manne des politiciens

La majeure partie de fortune des gangs provient de la part de politiciens. Au cours des périodes électorales, et même après, les politiciens paient pour accéder aux zones de contrôle de chaque chef de gang. De plus, dans les périodes d’insécurité aigüe, ces autorités achètent parfois la paix temporairement. Et, ce fric est sans doute contrôlé par le chef de gang.

Ces raisons, qui sont étroitement liées au contrôle de la fortune du groupe, font du la fonction de chef de gang l’une des plus convoitées par des jeunes de quartiers populaires. Pour y parvenir les jeunes soldats sont prêts à tout.

L’État, s’il existe pour les masses, doit sauver les jeunes de ces quartiers, par l’éducation, afin qu’ils puissent trouver d’autres modèles de réussite.

MocoM

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