Haïti : Un réseau de braconniers trafique des milliers de bébés anguilles

« Cette semaine, le kilo est à 400 000 gourdes » confirme un riverain et pécheur d’alevins d’anguilles, appelés aussi civelles, de 10 cm de long, au corps translucide. C’est par milliers, voire million, que cette espèce en voie de disparition est traquée depuis quelques années, par un réseau de braconniers, organisés comme une « gang ».

Des civelles

Tous les soirs, ils sont des centaines d’individus, de toutes couches sociales, qui investissent les plages d’Haïti, les mers côtières, les rivières, à la ruée vers l’anguille, devenue précieuse comme de l’or, rentable comme la coke.

Jules, jeune homme de 21 ans, étudie l’économie à l’Université d’État d’Haïti, lampe de poche en main, un passoir, est en route pour la pêche. Il est déjà huit heures du soir ; « c’est vraiment trop tôt, rigole-t-il, on est là pour toute la nuit. Et ça, c’est un rendez-vous ». Bien motivé, Jules rêve de faire un kilo ce soir. Un rêve fou, parce que généralement, on ne fait qu’environ 300 grammes, soit environ 2 400 bébés anguilles.

Nous sommes enfin arrivés à Bord-de-Mer de Limonade, après près de 10 minutes de marche. Il fait froid, la mer souffle fort. La nuit est humide et les nuages empêchent de voir le sourire de la lune. En regardant la mer, les flashlights des pêcheurs donnent l’impression de regarder les étoiles du ciel. Des riverains, mais aussi des gens venant des grandes villes.

« La manne du ciel »

« C’est la manne du ciel, une source de délivrance » se réjouit une sexagénaire qui a l’air d’être fatiguée. « Pas besoin de savoir ce qu’on va faire avec, poursuit-elle, ni à combien on va les revendre ». Elles sont transportées aux marchés asiatiques, selon certains, pour la consommation humaine. Et, la revente de ces alevins d’anguilles est très lucrative.

S’il est considéré comme une source de délivrance pour les riverains, selon l’internaute Charlot Murat, ces pratiques ramènent à Anse-à-Veau, et à bien d’autres communes côtières, entre autres, la prostitution, le trafic de stupéfiants, la criminalité ; mais aussi de graves problèmes de santé chez ces pêcheurs amateurs.

Un silence complice !

Selon un pêcheur, qui voulait garder l’anonymat, les braconniers ont des documents signés par l’État haïtien, une information que nous doutons fort, du moins qui laisse des doutes. Mais pourquoi ce silence complice de l’État, des médias dans cette affaire ?

L’anguille est en voie de disparition

En guise d’être une pratique, à mon avis, illicite et illégale, l’espèce en question est en voie de disparition. Depuis les années 70-80, la population des anguilles s’est effondrée de 90%, ce qui la place dans la catégorie des animaux en voie d’extinction, et elle est protégée depuis 2009 par la Convention sur le commerce international des espèces de faunes et de flores sauvages menacées d’extinction (CITES).

Certes, il n’est pas interdit de pêcher les civelles, encore moins les anguilles, mais la CITES stipule que cela doit se faire par quotas, et avec l’autorisation de l’État du pays en question ; ce qui n’est pas le cas en Haïti.

En fait, le trafic des alevins est un crime contre l’environnement, et implique de la fraude, de la contrebande et du blanchiment d’argent. L’alerte est lancée. L’État doit s’exprimer sur cette affaire !

Micky-Love M. Mocombe, Blogueur

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