DES MOTS ET DES ARMES | « Se yo ki boule mache pèp » Blaze One

CHRONIQUE | DES MOTS ET DES ARMES

Incendie des marchés

Blaze One est aujourd’hui connu comme un rappeur engagé. Issu des quartiers populaires, il chante son vécu, la situation de sa classe, son monde. Dans ce billet nous proposons d’analyser et surtout de présenter notre point de vue sur certains extraits, de son track « Diskou revolisyon », traitant de l’Incendie des marchés en Haïti.

3iCduCbXVN
Incendie du marché de la Croix-des-Bossales en 2017 / CP : Loop Haiti

Sortie officiellement en mai 2018, la musique titrée Diskou revolisyon part avec une critique du champ rappologique haïtien, qui est surtout marqué ces derniers temps par une forme de culture du paraître. Il poursuit avec une critique de la situation des masses, et surtout les pratiques politiciennes des dirigeants haïtiens, l’indifférence de l’État. Il conclut pour montre que tout cela est le résultat de la passivité du peuple, en exhortant celui-ci à la révolte ou plus largement à la révolution.

Le rappeur aborde un sujet important, mais qui fait rarement débat. L’incendie des marchés. En fait, il accuse les politiciens d’être les auteurs intellectuels de ces pratiques criminelles.

G on pakèt politisyen k ap piye n se yo pou n anfas

Se yo k boule mache pèp

(…)

Piga nou pran kòb pou n devye lit pou n pa l boule mache

(Diskou revolisyon, Blaze One)

FB_IMG_15572144172252172
Blaze One / CP : Facebook

 

Notre point de vue sur la question

En fait, l’incendie des marchés s’inscrit dans la catégorie de la « mort dure » dans la machine thanatologique de l’État démophagique d’Ayiti. Cette catégorie regroupe les pratiques de répression, de violence physique, ou visant à anéantir le rêve des individus, mises en place par les gouvernants dans l’ultime but de « manger » le peuple.  D’ailleurs, comme le montre Michel-Rolph Trouillot (1986/Les racines historiques de l’État duvaliérien) l’État haïtien s’érige depuis 1804 contre la nation. Son objectif premier est en effet d’exterminer le peuple, du moins une partie de ce dernier, les plus violents, considérés aussi comme inutiles et dangereux.

L’utilisation de cette pratique ces deniers temps est monnaie courante. Les derniers en date est l’incendie du marché public « Nan Eso » à Cap-Haitien dans la nuit du 17 février 2019 et l’incendie du Marché de la Croix-des-Bossales le 16 avril 2019.

En fait, les marchés sont non seulement les théâtres d’incendies, ils sont aussi des espaces de pouvoir des gangs armés et des politiciens. Dans son article « D’où vient la fortune des chefs de gang » l’économiste Thomas Lalime décrit la place du marché dans l’économie du gang. Mais cela n’empêche pas que, ces institutions si rentables pour ces institutions paramilitaires soient fréquemment incendiées. Comment expliquer ce fléau ?

Les enquêtes policières sur l’incendie des marchés en Haïti « se poursuivent » souvent à jamais. Telles sont les cas des enquêtes sur l’incendie des marchés Hyppolite et Guérite en 2018. Les rares explications données résident souvent dans la formule « l’incendie est d’origine criminelle », une floue et jamais expliquée, ou du moins, on soutient l’idée d’incendie accidentel.

Si l’incendie des marchés peuvent être parfois expliqué par des problèmes liés aux installations anarchiques ou aux infrastructures obsolètes, l’hypothèse la plus probable dans le cas haïtien est que ce phénomène est lié aux jeux des politiciens, au projet démophagique de l’État haïtien. C’est en ce sens que le sociologue tchadien Felix Mbété soutient l’idée selon laquelle qu’il y a des incendies qui sont volontaires, fort souvent commandité par des acteurs politiques, pour des raisons qui leur sont propres. Par quel mobile pourrait être animés ces criminels ?

Dans de plusieurs pays africains, l’incendie dans un marché peut favoriser le montage d’autres projets de construction de marché, ce qui serait au bénéfice des dirigeants corrompus, qui aurait plusieurs millions à empocher. En Haïti, cette pratique peut être prise comme instrument pour accuser ou du moins pour soulever le peuple contre l’autrui. Mais au fonds de tout cela règne la volonté d’augmenter la misère des masses, de tuer son espoir, ou du moins d’augmenter sa peine, d’accélérer son extinction.

Outre les manœuvres de certains politiciens, l’incendie des marchés est fort souvent l’œuvre des grands commerçants, de la bourgeoisie comprador ou encore des banques de crédit et de micro-crédit. On peut se demander « pourquoi ? ». C’est simple. Les petits marchands sont bien souvent les créanciers de ces institutions bancaires ou les clients des magasins des grands commerçants…

Micky-Love Myrtho Mocombe

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :